Troisième Œuvre

Lieu
Venise Italie
Année
Statut
conception, programmation
Collaborations
Jos Auzende
Jean-Baptiste Fressoz
État
non réalisé
Description du projet

Zerm a répondu aux côtés de Jos Auzende et Jean-Baptiste Fressoz à l’appel de l’Institut Français pour la conception et la réalisation du Pavillon français à la Biennale d’architecture de Venise 2027. Notre proposition est d’investir le pavillon comme un espace de débat et d’y déployer des dispositifs d’enmobilier pensés comme un « troisième œuvre » : ni structurel (gros œuvre), ni purement fonctionnel (second œuvre), mais comme une couche sensible, culturelle, climatique et mémorielle. Porté par une démarche collégiale, ce projet appelle à une mise à distance du la figure de l’architecte-auteur pour faire du pavillon un laboratoire qui s’appuie sur pluralité des savoirs : écologie, techniques vernaculaires, anthropologie.

→ LE PAVILLON FRANÇAIS COMME TRIBUNE CIVIQUE

Le Pavillon français agit comme un porte-voix qui présente, défend, amende et démocratise un propos architectural et sociétal contemporain. Notre parti-pris repose sur une approche critique : il ne s’agit pas de commenter un monde en transformation, mais d’en anticiper le morphisme. Pour ce faire, notre démarche table sur l’apport de l’histoire comme outil de compréhension du présent, la lecture critique du passé pour anticiper les crises, et les arts comme leviers narratifs prospectifs.
S’inscrivant dans la tradition française de sociabilité intellectuelle - de l’agora au salon littéraire - notre proposition transforme le pavillon en un foyer de débat et une tribune civique. L’assemblée y est invitée à réinterpréter l’histoire constructive et énergétique à l’aune des crises matérielles et des droits culturels. Laboratoire ouvert, il réunit la sphère académique et la société civile à travers une vision curatoriale hybride entre architecture, scénographie et programmation artistique.

→ RÉHABILITER LE “TROISIÈME ŒUVRE”

Le modèle moderne, fondé sur l’abondance énergétique et l’effacement de l’ornement, se heurte désormais à un monde matériellement contraint, écologiquement instable et socialement fragmenté. En se standardisant, l’architecture a vidé les bâtiments de leurs fonctions thermiques passives. Face à cette rigidité du bâti contemporain, nous proposons de réintroduire l’enmobilier. Par ce terme, nous désignons une strate de dispositifs intermédiaires, ni tout à fait meubles, ni tout à fait bâtis (textiles, parois, alcôves) qui habillent et régulent l’espace. Réintégrer l’enmobilier dans le projet permet de renouer avec une intelligence vernaculaire que la logique spéculative du bâti contemporain a éclipsée, en transformant l’immobilier en objet périssable renouvelant sans cesse son avatar matériel.

Notre projet pour le Pavillon français consiste en une immersion à l’échelle 1:1, un cheminement sensoriel où le corps éprouve alors les effets phénoménologiques que produit l’installation. L’organisation spatiale du pavillon matérialise cette approche autour d’un foyer central entouré de trois antichambres thématiques :

  1. 1 - L’antichambre de la Lumière : Face à l’entrée, elle filtre la lumière zénithale via des stores ou des dispositifs de mise au noir, modérant la course du soleil au profit des usages.
  2. 2 - L’antichambre de l’Air : Elle agit comme échangeur de calories. Par temps froid, un effet de serre est activé et l’air préchauffé est pulsé vers le foyer, complété par la chaleur d’un poêle de masse.
  3. 3 - L’antichambre de l’Eau : Elle met en scène un bassin alimenté par les pluies. Ce dispositif, au-delà de l’agrément, joue un rôle thermique (type badghir) où le flux d’air est rafraîchi au contact de l’eau avant d’atteindre l’agora centrale.

Le foyer central accueille une agora minérale surmontée d’un baldaquin textile. Cet aménagement amovible adapte son volume à la saison : déployé en hiver, il isole un espace restreint chauffé par le poêle ; rétracté en été, il libère le volume pour la ventilation.

→ UN COMMISSARIAT COOPÉRATIF ET PLURIDISCIPLINAIRE

À l’instar de sa forme matérielle, le commissariat du Pavillon français se conçoit comme un espace vivant, animé par le flux des idées. Loin du modèle descendant, où tout s’impose d’en haut et se distribue, nous privilégions une circulation ouverte, où chaque proposition traverse et relie l’équipe. Nous percevons l’architecture comme un bien commun qui appelle une approche associative, horizontale et coopérative, héritière des réseaux mutualistes du XIXe siècle et prolongée par les pratiques contemporaines. Le collectif fonctionne comme un ensemble pluridisciplinaire - architecture et scénographie par Zerm, curation et programmation artistique par Jos Auzende, histoire et science avec Jean-Baptiste Fressoz- dont la diversité de regards nourrit une vision curatoriale forte.

Images